La plus belle des écritures m’envoie ce matin un article du Monde qui reproduit le discours pour la réception du Prix Nobel 2007 que Doris Lessing n’a pas pu prononcer pour des raisons de santé.
Nous sommes dans une “culture à fragmentation”, où nos certitudes datant d’il y a seulement quelques décennies sont remises en question, et où il est fréquent que les jeunes hommes et les jeunes femmes qui ont bénéficié d’années d’études ne sachent rien du monde, n’aient rien lu, ne connaissent qu’une spécialité ou une autre, les ordinateurs par exemple.
Ce qui nous est arrivé, c’est une invention incroyable: les ordinateurs, Internet et la télévision. Une révolution. Ce n’est certes pas la première révolution que nous, l’espèce humaine, affrontons. La révolution de l’imprimerie, qui n’a pas été seulement l’affaire de quelques décennies mais s’est étalée sur beaucoup plus de temps, a changé notre vision du monde et nos modes de pensée. Téméraires, nous l’avons acceptée sans réserve, comme toujours, sans jamais nous demander: “Que va-t-il maintenant advenir de nous avec cette invention de l’imprimerie ?” De la même façon nous n’avons jamais pris une seule fois le temps de nous demander: Comment allons-nous, comment nos esprits vont-ils évoluer avec la nouveauté d’Internet, qui a séduit toute une génération pour la convertir à ses inepties, au point que même des êtres tout ce qu’il y a de plus raisonnable avoueront que, une fois accrochés, il leur est difficile de se déconnecter, et qu’ils peuvent se laisser entraîner à passer une journée entière à bloguer, à bluguer etc.